Clés pour un dialogue interreligieux fécond. Construire la tâche commune

Bijgewerkt: 9 feb 2019

(Hieronder publiceer ik een kleine toespraak die ik in vorig jaar gaf, door mezelf met behulp van Google Translate vertaald...)


La tâche qui m’a été confié est de vous offrir quelques clés pour entamer ou évaluer des expériences de dialogue interreligieux. Je vais vous donner beaucoup de clés, afin que si vous avez comme moi la manie de toujours perdre vos clés, vous en aurez toujours suffisamment d’autres…


1. Amour de l’autre


Pour commencer tout de suite avec ce qui est le plus important: il faut aimer les religions avec lesquelles vous entrez en contact. L’amour est donc la première clé et la plus fondamentale. La religion est une affaire d’amour, non?


Il faut donc en principe et chemin faisant nourrir un amour profond pour la religion qu’on apprend à connaître et pour les hommes qui professent tel ou tel religion. Parce que la connaissance qu’on veut obtenir des autres religions est une connaissance existentielle et profonde, pas académique, et que donc la raison seule ne suffit pas pour vraiment connaître l’autre. Le vrai organe de la connaissance profonde c’est le coeur. On ne voit bien qu’avec le coeur dit le Petit Prince, mais aussi des grands mystiques de toutes les religions, qui sont en fin de compte des systèmes d’amour. Amor ipse notitia est disaient les médiévaux: l’amour elle-même est connaissance.


Mais qu’est-ce l’amour? Prenons la quasi-définition du philosophe français Maurice Nédoncelle: l’amour est une volonté de promotion de l’autre. Donc il faut vouloir promouvoir le ou les autres religions qu’on apprend à connaître. Je veux que l’islam ou le judaïsme ou le bouddhisme vont bien et prospèrent, qu’il soient aimés des autres et toujours croissent et se développent. L’amour est aussi la vraie force d’unification et de respect des différences. Comme vous savez l’humanité oscille toujours entre affirmation de l’unité et affirmation de la différence. L’amour sait affirmer les deux en même temps, ce qui est le plus important. Vouloir être un avec les autres, mais aussi vouloir promouvoir la différence de l’autre, promouvoir l’unité dans les différences. Peut-être les figures mystiques des religions ont toujours davantage accentué l’union, alors que les philosophes contemporains accentuent davantage la différence; or, il n’y a pas d’antagonisme entre l’union que n’est pas l’unité numérique, et la différence, qui est justement voulue profondément dans l’union vrai. Prenons comme exemples de cette vision de l’amour qui unifié tout en respectant et célébrant la différence le mystique soufi Jallaluddin Rumi et le mystique chrétien Alighieri Dante. C’est la même lumière de l’amour qui luit partout - dit Rumi, mais à travers des lampes différentes. Tout les pages de histoire humaine, donc aussi les pages religieuses, seront lus par nous après notre descente au enfers des non-amours et la purification progressive de nos amours, comme des pages du Livre de l’Amour divin. Donc: entrer en dialogue interreligieux, c’est entrer en dialogue d’amour avec les autres religions et promouvoir leur être.


Un clé suivant pourrait être la communion. C’est ce qu’accentue le moine trappiste Américain Thomas Merton. (Pardonnez-moi si je cite le plus souvent des figures chrétiennes, c’est seulement parce que évidemment en tant que chrétien je les connais mieux.) Plus important que la communication explicite est la communion implicite: le dialogue ne sera fécond qu’il baigne dans un climat de communion profonde préverbe, avant l’échange verbale, et postverbale, après l’échange verbale. Avec cette communion entrent en scène beaucoup d’autres vertus nécessaires: le silence afin de pouvoir vraiment écouter l’autre, la patience pour écouter l’autre jusqu’à la fin, l’humilité devant le mystère de l’autre, le respect de la réalité et des intentions de l’autre.


Peut-être nous pourrions résumer tout cela dans les mots d’attention amoureuse ou aimante. Sigmund Freud dirait qu’il faut écouter l’autre sans se fixer précipitamment sur tel ou tel chose concrète, mais il faut garder une attention générale et non-jugementale en écoutant quelqu’un d’une autre religion ou en lisant un texte d’un autre religion: il appelait cela attention flottante. Cela nous fait penser aussi à Edmund Husserl, fondateur de la phénoménologie. Pour connaître vraiment la réalité telle qu’elle est il faut écouter et lire les phénomènes en tant qu’ils se présenter sans les juger d’avance à partir d’un système de connaissances. Il faut donc pratiquer ce qu’il appelle l’épochè, l’ouverture, la suspension du jugement vis-à-vis des autres religions avant d’avoir rassemblé toutes les connaissances possibles - et peut-on en arriver là? Ne pas avoir des préconceptions de l’autre, ne pas juger l’autre d’avance, mais être ouverture dans laquelle l’autre peut se présenter tel qu’il veut. Cette attention n’est pas seulement pudique écoute de la révélation de l’autre, mais aussi résonance intime avec l’autre. La philosophe juive et disciple de Husserl Edith Stein partie de empathie, comme font aussi plusieurs écoles psychologiques contemporains. L’empathie interreligieuse, c’est sentir avec l’autre et sentir en l’autre ce qu’est religion. Il est évident que cela est extrêmement difficile et exigeant, mais comme dit Edith Stein, seule l’empathie livre une connaissance intime de l’autre. Donc la deuxième clé, c’est l’attention patiente, l’ouverture généreuse et l’empathie intensive.


Nous en venons à un autre clé très important: l’hospitalité religieuse. Le thème de l’hospitalité est devenu très important dans notre monde globalisé avec tant d’immigration. Les philosophes de l’altérité, tel Lévinas et Derrida, ont accentué l’hospitalité afin de pouvoir éviter d’autres tragédies innommables comme la Shoah et d’autres génocides contemporaines. Le dialogue interreligieux vit peut-être le plus intense dans les monastères de la famille bénédictine-cistercienne-trappiste où l’hospitalité est déjà sacré en soi, et cette hospitalité s’est dans le vingtième siècle dédoublé en une hospitalité envers des moines d’autres religions, devenant le fameux ‘dialogue intermonastique’. Il faut vraiment ouvrir la maison de sa religion, de sa tradition spirituelle, de son institut religieux et de son propre coeur à l’autre. Pour pouvoir ouvrir sa maison spirituellement, il faut peut-être ou même sans doute ouvrir sa maison matérielle à ceux qui appartiennent à d’autres religions. Les traditions abrahamiques sont bien sûr appelés à cette hospitalité biblique et coranique, mais pas seulement eux.


Encore un autre clé serait la transformation réciproque. Un vrai dialogue transforme les deux partenaires. On pourrait aussi parler de cross-fertilization. Si on cherche à transformer l’autre sans vouloir être transformé soi-même, on n’a pas de dialogue mais de zèle missionaire. Le vrai dialogue veut laisser la foi, l’espérance et l’amour de l’autre intact mais veut en être transformé soi-même, dans l’espoir que cette situation sera réciproque. Chaque religion et chaque religionnaire à quelque chose d’unique et de spécifique, ainsi que la communication-communion avec elle signifie un appèl, un enrichissement, une transformation. La peur d’être touché et même transformé par l’autre bloque chaque vraie écoute. Mais le sentiment d’une transformation unilatérale sans réciprocité tue également le dialogue. Il faut avoir confiance que la transformation subie conduira à un renfort de l’essentiel de sa propre position et n’offrira qu’une relativisation salutaire que de ce qui est moins essentiel, chez soi et chez l’autre. La peur de la transformation est d’ailleurs mortelle pour son propre processus spirituel.


Le philosophe et théologien chrétien Français Stanislas Breton a une belle expression pour résumer l’attitude que nous devons maintenir les uns envers les autres dans le dialogue interreligieux: il faut être vers l’autre, être avec l’autre, et être pour l’autre.


2. Communication avec l’autre


Parlons de quelques clés pour un dialogue entre les religions qui soit vraiment dialogue, donc de la bonnen communication avec l’autre.


Nous sommes proche d’un autre clé: le dialogue intra-religieux. C’est une expression que le philosophe chrétien-hindou-bouddhiste-et-séculier Raimon Pannikar. Avant de pouvoir entrer en dialogue direct avec quelqu’un ou quelqu’une d’une autre religion, il faut avoir dialogué en soi-même afin de créer les conditions nécessaires pour entre en dialogue avec l’autre. Il faut avoir une maturité intellectuelle, morale et spirituele en soi, afin de pouvoir réellement dialogue avec l’autre. Il faut donc se connaître bien et s’accepter soi-même bien avec d’entrer en rapport avec l’autre, sinon nous projetterons nos propres ombres sur l’autre par des méchanisme projectifs bien connus par des psychologues; cette connaissance de soi-même doit être une connaissance intellectuelle et existentielle. Comme la dialogue interreligieux traite des expériences religieuses de l’autre, comment le faire si on entre pas en dialogue consciente avec les traditions spirituelles de la religion propre et des expériences religieuses personnelles? Le dialogue n’est pas une dialectique rationnel en vue d’obtenir raison de l’autre mais une vrai communication entre personnes qui veulent apprendre à se connaître réciproquement, mais comment le faire quand on ne se connaît pas soi-même. Le dialogue intra-religieux vient avant le dialogue inter-religieux. Ce que Panikkar donc pose comme nécessaire c’est l’approfondissement de sa propre religion avant, durant et après le rencontre interreligieux. Approfondir veut dire dialoguer intérieurement avec sa propre tradition et sa propre âme et sa propre Réalité ultime, divinité ou non. En autres mots, la méditation et la prière sont essentiel au dialogue interreligieux.


Cela nous porte à un autre clé: aujourd’hui nous devons être ouvert et accueillant envers tout homme et femme au monde, non pas seulement envers les coreligionnaires ou ceux de religions fraternelles. Le dialogue interreligieux doit être ouvert plus largement au dialogue interconfessionel, afin que les hommes et les femmes qui n’appartiennent à aucune des grandes religions aussi soient inclus. Il nous faut donc inclure le dialogue avec ceux qui ne croient pas en Dieu comme les athées ou les humanistes-libéraux, ou les spirituels qui volontairement ou non-volontairement n’appartiennent à aucune tradition. Pensons par exemple à des figures comme Etty Hillesum. Le dialogue doit toujours être élargie afin d’inclure finalement tout homme et femme - au moins en principe. A ce moment de l’histoire humaine, des mots caduques comme Dieu ou spiritualité ou religion ou transcendence ne peuvent plus nous séparer à qui que ce soit. Nous sommes tous frères et soeurs en marche vers l’Ultime, vers l’Unité dans la difference.


La communication entre les religions a un but qui est plus grand qu’eux et qui les oblige à bien s’entendre. Les religions n’existent pas pour eux-même, elles existent toutes pour le monde, pour donner du sens à la vie, pour élargir de coeur de l’homme, pour diviniser la création. Il y a donc une tâche commune de construction civile pour les religions. Un théologien allemand parle des religions comme appelés à construire une éthique mondiale qui peut répondre au grands problèmes avec lesquelles notre monde lutte. On a parlé de la construction d’une civilisation de l’amour auquel les religions sont appelés à collaborer, surtout eux. Notre vocation et travail commun ne vaut pas seulement pour insuffler une éthique mondiale, mais aussi pour présenter et apprendre l’expérience spirituelle dans la société. Il y a donc une tâche commune et urgente qui nous unifie et qui nous appelle avec urgence à surmonter nos querelles. En plus c’est la collaboration à une tâche commune qui fait davantage découvrir au partenaires leur union profonde ou que les aides à se connaître mutuellement dans leur spécificité. Attention pour et collaboration à la tâche commune de service au monde est donc un autre clé pour un dialogue interreligieux fécond.


Un autre clé formulé par plusieurs théologiens du dialogue interreligieus est le couple de mots ‘aller et retourner’. Dialogue signifie sortir de son propre monde et horizon pour aller vers l’autre. On apprend à connaître et aimer l’autre dans sa spécificité. Mais le mouvement ne s’arrête pas là. Puis, il faut retourner chez soi, il faut enrichir ce qui est propre avec ce qu’on a reçu. Le mouvement n’est pas loin de sa propre tradition, mais toujours en fidélité envers sa propre tradition, mais partiellement en fonction de sa propre tradition. Le vrai dialogue interreligieux est un continuel va et vient, qui accueille la richesse de l’autre dans son propre cœur et apporte sa propre richesse au cœur de l’autre.


Un autre possible clé pour s’orienter dans le dialogue interreligieux peut être le principe délicat en bien étudié de l’appartenance double ou multiple. Beaucoup de penseurs du dialogue interreligieux estiment qu’il est possible de vivre plusieurs traditions ou religions en même temps, donc d’appartenir à des degrés différents à différentes religions. Evidemment ceci est une question très épineuse et pas reconnu par les religions au niveau exotérique ou institutionnelle. Il s’agit surtout de peuples et personnes qui depuis des siècles appartiennent à une certaine culture religieuse mais qui ont été relativement récent missions par une autre religion. Par exemple: des hindous en Inde qui sont devenu chrétiens. Culturellement ils sont à un haut degré des hindous mais religieusement ils sont des chrétiens. Dans le monde du dialogue interreligieux on estime possible avec beaucoup de prudence et de sagesse de se nourrir en même temps de deux (ou plus) de traditions religieuses. On peut aussi penser à des juifs qui méditent avec des méthodes de méditation bouddhistes, comme on le fait dans le néo-chassidisme contemporain. On peut aussi penser et même encourager que des religions lisent les Ecritures Saintes des autres traditions, comme dans le Temple du Soufisme Universel de Inayat Khan.


Deux mots proches l’un de l’autre peuvent offrir une autre clé: une certaine école dans le monde du dialogue interreligieux s’appelle théologie comparative. Cet approche veut dans une entière fidélité à sa propre croyance apprendre des autres croyance: comparare signifie comparer mais comparer pour apprendre, pour trouver des points commun et d’enrichir peut-être son propre acquis conceptuel et verbal. Quelqu’un a même dit (R. Panikkar) qu’on pourrait même parler de théologie imparative, de imparare, apprendre.


3. Union dans la différence


Un troisième domaine où il faut bien discerner est celui de l’unité. Le DI est considéré à juste titre comme une quête de l’unité entre les religions. Mais il fait bien considérer de quel genre d’union il s’agit.


On a maintes fois considéré qu’il s’agit de rechercher davantage ce que les religions ont en commun et relativiser ce qui les oppose les uns aux autres ou en tout cas dirige l’attention sur ce qui les divise. Le philosophe contemporain français Gilles Deleuze a accentué que l’Occident en général a été possédé du désir de l’Un et au long de son histoire a tellement voulu réduire le multiple à cet Un, limitant et détruisant ainsi le foisonnement de la Vie. Ainsi donc le DI aussi a été longtemps une quête de l’unité dans le sens de ce que nous avons commun. Par exemple la Théosophie de Mme. Blavatsky ou la Perennial Philosophy sont réputés comme allant ici sur une mauvaise voie.


Mais dans les années 1990 des théologiens de différentes religions et des penseurs anti-colonialistes ont reproché cette façon de voir les choses comme forçant les religions sur un lit de Procuste, diminuant leur différences et donc leur unicité au profit d’une unité mal comprise - souvent une unité tel que l’Occident se le souhaite. Aussi dans un couple l’union ne consiste pas dans une unité sans différences mais dans une unité dans la différence, même grâce au différences. Cette unité dans la différence est bien sûr plus difficile qu’une unité qui est uniformité, mais cette dernière ne respecte pas vraiment l’identité foncière des partenaires. Cette question retourne dans la question du pluralisme. Après un premier temps d’exclusivisme mutuel, quand les religions s’affirmaient en excluant les autres religions de la vérité et du salut, et après un deuxième temps d’inclusivisme, quand les religions s’affirmaient posséder la vérité et le salut en entier alors que les autres religions ne pouvaient offrir qu’un fragment de cette totalité, un troisième temps dans le DI parlait de tous les religions comme des voie équivalentes vers la vérité et le salut. Cette équivalence en réalité aboutit à une dévalorisation de l’identité propre des différents religions et donc à une unité où tout est égal et où les différences s’estompent. Après la violence du vingtième siècle on a voulu affirmer la différence davantage, aussi bien dans le philosophie que dans le DI.


La vraie unité n’est pas une unité numérique derrière des différences, mais l’unité de partenaires différentes qui perçoivent et vivent cet union malgré et grâce à leurs identités respectives et irréductibles.


La mystique des religions du monde offre des clés très importantes sur cette question.




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